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Le scénariste professionnel


Le scénariste face au marché


Le monde du cinéma vit un étrange paradoxe : alors que chacun s'accorde à dire que nous manquons de professionnels du scénario, et que la production de films va croissant, les producteurs se plaignent de recevoir chaque jour des quantités invraisemblables de projets.

Dans ces conditions, pourquoi auteurs et producteurs ne parviennent-ils pas à se rencontrer ?

Simplement parce que s'il est exact qu'un scénariste est avant tout un auteur, cela reste sans réciproque.

Nombreux sont ceux à imaginer avoir écrit un scénario, alors qu'ils n'ont en fait créé qu'une nouvelle, un roman ou une pièce de théâtre, mais rien qui puisse être exploité au niveau cinématographique.

Le rôle du scénariste


Le scénariste doit se conformer à des normes très précises, édictées à la fois par des contraintes techniques et par les enseignements que nous avons tirés de la dramaturgie.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, la plus insipide des "bidasseries" n'existerait pas sans Sophocle.

L'analyse du comportement du spectateur pose chaque jour de nouvelles balises entre lesquelles le scénariste doit se mouvoir sans jamais se tromper, faute de quoi les producteurs refusent, à raison, de verser le moindre centime.

Et la créativité ?


Je vous jure qu'elle existe, qu'elle est énorme mais qu'elle ne saurait être d'une liberté totale. Jamais.

Votre liberté de créer selon vos goûts et votre instinct existe tant que vous vous trouvez face à votre feuille blanche.

Mais dès lors qu'elle est noircie avec pour dessein de se métamorphoser en film, des millions de francs sont en jeu.

Il faut comprendre que, contrairement à une toile ou un roman, le scénario n'est pas une oeuvre en soi, mais une partie d'un tout qui va le devenir. Et ce tout se nomme film.

Il faut donc faire du commercial ?


Cette réflexion sonne à mes oreilles telle une ritournelle...

Je pense sincèrement que les scénaristes souffriront moins le jour où ils admettront que leur écrit n'est qu'une partie d'oeuvre (voir ci-dessus) de laquelle il faut savoir se détacher dès qu'elle passe aux mains du réalisateur.

Ensuite, ils seront définitivement anesthésiés lorsqu'ils comprendront que le terme de "film commercial" est une aberration.

En effet, le simple geste du spectateur qui achète un billet pour voir un film est un acte commercial. Par conséquent, tout ce qui précède cet événement ultime est également à vocation commerciale.

De toute façon, tous les artistes ayant un tant soit peu réussi vous diront qu'il n'est pas nécessaire d'être pauvre pour exprimer son talent, ni de refuser les concessions pour être talentueux.
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