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l'écriture


1. Généralités

60 - Qu'est-ce-que la dramaturgie ?

C'est l'ensemble des règles régissant la construction d'une histoire.

Qu'il s'agisse d'un roman, d'une nouvelle, d'une pièce de théâtre, d'un scénario ou de tout autre forme de narration, la dramaturgie est la science permettant à un auteur de transmettre ses idées par le biais de personnages et d'événements.

61 - Dans votre livre, vous écrivez : " La dramaturgie, à l'instar d'une langue vivante, est en constante mutation. " Mon scénario étant basé sur l'Histoire ancienne de l'Ile Maurice, ces nouvelles techniques d'écriture s'y prêtent-elles sans problème ?

Absolument. Quels que soient l'époque ou le genre de votre scénario, vous devez utiliser les outils de la dramaturgie actuelle.

62 - J'ai déjà commencé l'écriture de plusieurs scénarios. J'ai beaucoup d'idées, les scènes se succèdent et il m'est impossible d'arrêter. Pouvez vous me conseiller afin que je parvienne à terminer un scénario ?

Votre grande erreur est de travailler davantage comme un romancier que comme un scénariste. Pour résoudre définitivement votre problème, il faudrait vous astreindre à ne plus écrire avant d'avoir construit. Votre scénario, ne le rédigez pas, pensez-le. Passez des semaines, des mois s'il le faut, à tout imaginer de A à Z, à tout structurer du début à la fin, séquence après séquence. Prenez quelques notes au passage, mais pas plus. Ensuite, et ensuite seulement, lorsque votre histoire vous paraîtra limpide, couchez-la sur le papier.

63 - Combien de temps pour écrire un long métrage en général ?

6 à 9 mois si vous travaillez seul. Trois mois si vous travaillez à 2 ou 3.

64 - Est-il conseillé de commencer par l'écriture d'un roman avant de se lancer dans celle d'un scénario ?

Pas du tout. Il est d'ailleurs connu qu'un bon romancier ne fait pas forcément un bon scénariste. Et inversement.

65 - Comment réussir à concilier écriture et vie professionnelle et donc reprendre le fil de ses pensées après des jours d'interruption ?

A mon sens, il n'existe pas de méthode absolue. Tout dépend du rythme et des envies de chaque auteur. Le seul conseil que je pourrais vous donner est de travailler de façon très méthodique. Ne perdez pas votre temps à remplir des pages avant que votre histoire ne soit totalement structurée. On retrouve en effet plus facilement le fil d'une structure que celui d'une narration. Après, une fois que la structure sera solide et suffisamment précise, vous n'aurez aucun mal à rédiger votre scénario. Même après de longues périodes sans écrire, vous retrouverez aisément le cours de votre narration.

66 - J'aimerais connaître la meilleure méthode à suivre pour développer un scénario en duo. Devrions-nous faire un plan commun, puis se séparer les séquences pour enfin les réunir après les avoirs écrites ? J'attends vos suggestions à ce propos.

La seule façon de travailler à plusieurs qui fonctionne réellement, est celle qui consiste à tout faire ensemble, de bout en bout. A partir du moment où vous vous mettez à travailler chacun de votre côté, il deviendra très difficile de vous mettre d'accord, et ce pour maintes raisons, tenant à la fois de l'ego et du découragement face au travail accompli... et refusé par l'autre.

67 - Travaillez-vous avec des logiciels comme Final Draft ou scénario pro ? Croyez-vous en de tels outils et sont-ils performants ?

Ne connaissant pas ces logiciels, je ne me permettrais pas de porter de jugement. Maintenant, si les éditeurs de Final Draft ou Scénario pro. m'offraient un de leurs logiciels, je les étudierais avec plaisir (rire).

Derrière cette boutade se cache le fait que je ne suis absolument pas hostile à la modernité mais que, par méconnaissance peut-être, je ne ressens pas le besoin d'utiliser ces programmes. Mais pourrais-je m'en passer s'ils m'étaient coutumiers ?

68 - Comment surmonter le syndrome de la "page blanche" ?

Le meilleur moyen est encore de savoir que l'on a de quoi la remplir. Ainsi, pour terminer un scénario, il convient de le construire avant de l'écrire. Définissez d'abord l'intégralité des points structurants et structurels de votre histoire avant de vous lancer dans l'écriture.

69 - Je travaille depuis de longs mois sur l'écriture d'un long métrage. Que fait-on lorsque l'on stagne ? Quelles sont les solutions ? Faire entrer un nouveau personnage ? Imaginer des séquences de respirations ?

Les solutions que vous envisagez sont, objectivement, les pires... bien que les plus évidentes a priori. Ajouter un personnage, une aération, un décor, un dialogue, tout cela se ressent à la première lecture et ne satisfait jamais quiconque. La seule solution que vous offre la dramaturgie est de créer un nouvel événement majeur qui relancera durablement votre intrigue. Croyez-moi, cela vaut la peine d'être tenté même si ce travail est assez complexe.

70 - Pensez-vous que c'est par faiblesse technique que je commence à m'ennuyer dès qu'il s'agit de développer le coeur de mon récit ?

L'ennui est plutôt mauvais signe. Un scénariste qui s'ennuie ennuiera le spectateur. Par contre, il est légitime de ressentir une certaine lassitude après plusieurs semaines passées à ressasser sans cesse son histoire. Dans ce cas, l'idéal est de laisser reposer votre scénario pour retrouver l'envie.

71 - En quoi l'écriture du scénario diffère-t-elle de l'écriture théâtrale ? Pour le théâtre, je travaille à partir de mythes fondateurs pour la structure générale du récit, de "modèles" relationnels pour les rapports inter personnages et je m'attache à ce que tous soient reliés à l'intrigue par leurs objectifs individuels. Qu'en pensez-vous ?

Les différences fondamentales existant entre l'écriture théâtrale et l'écriture cinématographique tiennent à une question de rythme et de multiplicité des enjeux. Ainsi, les intrigues dites "secondaires" seront plus présentes au cinéma qu'au théâtre. Par ailleurs, il ne faut pas oublier l'aspect "cinématographique" du cinéma (si je puis dire). N'oubliez jamais, en écrivant un scénario, que vous travaillez pour l'image.

Concernant les mythes fondateurs, il existe plusieurs écoles. De nombreux professeurs de scénario enseignent la dramaturgie en s'appuyant sur les mythes. Les théoriciens moins. Personnellement en tout cas (je ne veux pas parler pour mes confrères) il me semble par analyse et par constat que la dramaturgie filmique actuelle s'attache davantage aux "cas dramatiques" qu'aux mythes à proprement parler.

72 - Trop de détails tuent-ils le scénario ?

Absolument. Un scénario se doit d'être clair, limpide et facile à lire. Ne décrivez que ce qui est essentiel à la bonne compréhension de l'histoire.

73 - Pensez-vous qu'il soit "nécessaire" d'avoir une intrigue (ou plusieurs) secondaire pour raconter une histoire ?

Oui. Tous les récits (ou presque) mêlent intrigue principale et secondaire. Cela permet de donner davantage de vie et de profondeur au scénario. Le secret étant de ne pas faire de ces intrigues des parallèles qui jamais ne se croisent.

74 - Je viens de voir le film de Mike Leigh "Naked". Il me semble que la force et la singularité du personnage principal, sa vision de la vie, a permis au scénariste "d'oublier" l'impératif de l'enjeu. Votre avis ?

N'ayant pas encore vu ce film, je ne pourrais émettre d'avis. Cependant, le fait d'oublier les enjeux n'est globalement pas une bonne chose en matière de dramaturgie. Mais, une fois encore, les règles sont là pour être contournées... à condition de les posséder parfaitement au préalable.

75 - Qu'est ce qu'un climax ?

Le mot climax vient du grec et signifie échelle. Le climax, en effet, représente une montée graduelle de la tension dramatique et de l'action et consiste donc à faire précéder une séquence forte d'une autre plus banale, afin d'obtenir un effet de tension extrême du spectateur. Il précède souvent la résolution du film

76 - Dans quelles mesures peut-on se risquer à faire un mélange de genres ? Y a-t-il des règles à respecter ?

Les mélanges de genres sont très fréquents, au cinéma comme à la télévision. Ainsi, vous pouvez mêler la comédie au drame et, pourquoi pas, y ajouter du policier et de la romance. La seule règle, dans ce cadre-là, est de mélanger les genres de façon homogène, c'est à dire ne pas glisser d'un genre à un autre de façon définitive.

77 - Comment définit-on un point de vue ?

En matière de scénario, il existe deux sortes de point de vue : le point de vue scénaristique et le point de vue dramatique.

Le premier représente le fil conducteur de votre histoire (le ou les personnages dans 99,99% des cas).

Le second représente l'angle de vision et d'interprétation de l'histoire. Le spectateur suit-il un héros unique pour vivre ses drames sous un angle unique ou un second personnage offre-t-il une autre vision des choses ? En d'autres termes, y a-t-il ou non, une antithèse pour répondre à la thèse ?

78 - Une continuité dialoguée ne fait référence à aucun plan de caméra pourtant je ne conçois pas que l'on puisse écrire un scénario sans penser aux lieux, aux mouvements des personnages, etc. mais pas à la façon de filmer.

Le cerveau humain est ainsi fait qu'il nous envoie constamment des images. Ainsi, en écrivant votre scénario, il est bien naturel que vous imagiez tout ce que vous imaginez. Cependant, il n'est pas de votre rôle de scénariste de tout écrire. Vous devez en effet vous contenter, quant au visuel, d'un descriptif sommaire. Et ce, pour la simple raison que de parler de plan serait une aberration alors qu'au moment de l'écriture vous ignorez tout encore des conditions exactes de tournage. En outre, il s'agirait de votre part d'un empiétement sur le travail du réalisateur.

79 - Le découpage technique est-il du ressort de la mise en scène ou du scénario ? Comment s'écrit-il exactement, a-t-il une structure particulière (séquence, scène) ?

Le découpage technique est effectué par le réalisateur avant le tournage. Pour l'effectuer, il lui faut tout connaître des conditions de tournage (lieux, décors, comédiens, nombre et type de caméras, etc.)

Structurellement, il se compose de séquences et de plans. Dans le cadre d'un découpage technique, la forme la plus académique est celle divisant la feuille de scénario en deux parties distinctes : à gauche les indications visuelles, à droites les indications auditives.

80 - J'ai lu beaucoup de scénarios originaux comportant des indications techniques. Comment cela est-il possible ?

Vous avez simplement lu la version "réalisateur" du scénario et non celle, préalable, effectuée par le scénariste.

81 - Comment sait-on qu'un scénario est vraiment terminé ? A chaque lecture il y a cette impression qu'il manque quelque chose.

Un scénario est réellement terminé lorsque le film est monté. Cela étant, pour le scénariste, il s'agit à un moment donné de savoir se faire confiance et de décider que la dernière mouture est la bonne. Les relectures à l'infini ne servent à rien. Souvent même, à force de se relire, on finit par ressentir une certaine lassitude face à son travail. Et, dans ce cas précis, toute nouvelle idée vous semble alors plus intéressante que celles qui se trouvent sur le papier. Mais il s'agit souvent d'un leurre. En fait, à force de vous relire, vous perdez tout recul et finissez par devenir le plus mauvais de vos lecteurs. Ainsi, relisez-vous autant que vous le désirez, réécrivez tant qu'il vous semble utile de le faire, mais prenez garde à ne pas sombrer dans l'éternelle et stérile insatisfaction.

82 - Lorsqu'une ébauche de notre scénario est finie, est-il préférable de la montrer à un proche afin d'avoir un avis extérieur ou cela va-t-il changer notre vision de l'histoire ?

Votre question est fondamentale. Quiconque a terminé un scénario brûle d'envie de le faire partager à son entourage. Et c'est normal. Humain. Ce faisant, il ne faut pas oublier que votre oeuvre reste votre oeuvre. Il y aura toujours, parmi vos proches, des jaloux que vous ne soupçonnez pas, des gens qui vous aiment et veulent vous encenser, des gens qui, fiers de votre confiance, se sentiront obligés de vous offrir leur analyse.

Tous ces gens ne vous seront d'aucun recours, car trop impliqués et, surtout, pas scénaristes pour un sou. La vérité de votre scénario, c'est vous qui la détenez.

Par contre, soyez très attentifs à toute réflexion du genre "je n'ai pas compris ce passage", "à cet endroit tu te contredis", "ta séquence 27, je n'y crois pas une seconde"... A vous, après, d'analyser ces réflexions pour les prendre ou les laisser. Mais, surtout, refusez tout commentaire ressemblant à "moi, à ta place, j'aurais...".

Personne n'est à votre place, et le scénariste, c'est vous.

2. Séquences

83 - Quand commence et s'arrête une séquence ? Est-ce quand le réalisateur s'exclame "Coupez !" ?

Au-delà de la réalisation, c'est au montage que se décide le début et la fin d'une séquence. Pour vous, scénariste, écrivez vos séquences en songeant toujours à ce qu'elles doivent contenir. Le reste ne vous appartient plus vraiment. Par contre, petit conseil, évitez de constamment débuter vos séquences par leur tout début et de les conclure par leur toute fin. En d'autres termes, sachez être concis.

84 - Certains professionnels préconisent d'utiliser le découpage en 9 actes de Don Siegel quand nous sommes bloqués dans notre construction, d'autres de commencer par le dénouement et vous, vous semblez privilégier l'apport d'un nouvel élément majeur qui, à l'excès, peut compliquer considérablement l'histoire. Y a-t-il d'autres recettes pour nous sortir de ce genre d'impasses ?

Non, je ne pense pas. Que vous ayez 3, 5 ou 9 actes, ne change rien au problème. Raisonnez plutôt en terme d'événements. N'hésitez pas à les multiplier, tout en restant cohérent, tant que l'exigera votre histoire. Je ne connais pas de méthode plus efficace pour créer et enrichir une histoire sans se répéter et en restant toujours intéressant.

85 - Pourquoi ne peut-on pas parler de scènes dans un scénario ?

Un scénario se découpe en séquences, pas en scènes. Il s'agit de la terminologie employée en matière d'écriture. Ainsi, même si une séquence comporte plusieurs scènes (ce qui est toutefois rare) vous ne devez pas l'indiquer.

86 - Vous insistez sur le fait que l'unité du scénario est la séquence et non la scène, alors qu'une grande partie de vos collègues prétend le contraire. Je comprends la scène comme une unité de temps et de lieu (ex. 1. Int-Train-Jour), alors qu'une séquence serait une unité thématique (ex: arrivée de Jean à Nice) qui est éventuellement composée de plusieurs scènes (ex: 1. Int-Train-Jour, 2. Ext-quai-jour, 3. Int-Gare-Jour, 4.Int-Train-Jour,...). Remplaceriez-vous toutes ces scènes par une et une seule séquence (1. Arrivée de Jean à Nice) ?

Dans le cas de figure que vous proposez ici, l'idée de séquence ou de scène n'a pas grande importance. Personnellement, je diviserais cette séquence en plusieurs sous-séquences.

SEQ 1

1.1 Train - Int -Jour
1.2 quai- Ext jour
1.3 Gare- Int Jour

Par contre, imaginez une salle de réunion. Six personnages sont présents et discutent marketing. Survient un homme armé jusqu'aux dents qui prend tout le monde en otage.

Vous venez de changer totalement d'idée, donc de scène. Mais concrètement, à l'écriture du scénario, vous êtes dans la même séquence.

87 - Le terme anglais "cut to" a-t-il un équivalent en français ?

Non, pas vraiment. Le "cut" indique une coupure due à la fin d'une séquence. Si bien que le simple passage d'une séquence à une autre implique un cut... sauf dans le cas des fondus. Mais cela reste du domaine de la réalisation.

88 - Deux personnages marchent au même moment vers une destination commune, mais depuis des lieux différents. Comment écririez-vous cette séquence (ou ces séquences ?) lors de laquelle la caméra passe de l'un à l'autre pour finir par leur rencontre ?

Le plus simplement du monde. Vous changez de séquence à chaque fois que vous passez d'un personnage à l'autre. Éventuellement, si ce cheminement vers une rencontre se suit et ne prend que quelques minutes du film, vous pouvez agir par sous-séquences. A savoir, vous attribuez un numéro de séquence au premier personnage et un autre au second. Seq 19 = pers 1. ; Seq 20 = pers 2. Puis vous alternez. Cela vous donne au final : 19.1 - 20.1 - 19.2 - 20.2 - 19.3 - 20.3 ... puis la rencontre en séquence 21.

89 - Je dois écrire une scène ou deux tueurs cherchent un autre homme dans un appartement. Dois-je décrire leur évolution pièce par pièce, au risque de rendre la lecture fastidieuse ou puis-je résumer le parcours jusqu'à la 1ère étape significative ?

Votre question pose le problème du séquençage.

Dans ce cas de figure, je vous conseille de n'écrire qu'une séquence divisée en sous-séquences.

Formellement, cela donne :

SEQ 58.

58.1 CUISINE GEORGES- INT - JOUR

(description de l'action et dialogues éventuels).

58.2 SALON GEORGES - INT - JOUR

(description de l'action et dialogues éventuels).

58.3. GRENIER GEORGES - INT - JOUR

(description de l'action et dialogues éventuels).

Etc.

90 - Dans le cas ou un personnage en observe un autre par une fenêtre, il y a plusieurs rédactions possibles ( alternance de scènes ext et int, ou un PV, ou un avant plan/arrière plan ...). Il me semble que ces choix appartiennent au réalisateur et dans ce cas que dois-je faire figurer dans mon scénario ?

L'idéal est effectivement d'alterner, non pas les séquences, mais les sous-séquences. Les notions de PV (point de vue) ou toutes autres valeurs de plan appartiennent effectivement au réalisateur.

91 - Comment écrit-on plusieurs séquences juxtaposées dans un écran composite ?

Pour écrire des séquences comprises dans un même espace-écran, il suffit d'indiquer dans votre scénario "Ecran splitté" puis de narrer chacune des parties.

92 - Comment rédiger une scène dans laquelle on voit alternativement 2 personnes qui se parlent au téléphone ?

Le mieux, dans ce cadre-là, est de scinder votre séquence en deux sous-séquences.

Formellement, vous obtenez ceci :

SEQ. N° 27.

27.1 LE SALON DE PAUL

INT - JOUR

(description et dialogue)

27.2 LA SALLE A MANGER DE JEANNE

INT-JOUR

(description et dialogue)

27.3 LE SALON DE PAUL

INT - JOUR

(description et dialogue)

Ce chassé-croisé peut se poursuivre tout au long du dialogue, mais il est préférable de ne pas le faire durer trop longtemps,

3 - Personnages

93 - Doit-on présenter les différents personnages en introduction ?

Non, les personnages doivent être découverts au fur et à mesure de leur apparition dans le scénario. Cependant, il est vrai que certains auteurs joignent une fiche des personnages à leur continuité dialoguée, mais ce n'est aucunement une obligation... au contraire.

94 - Comment décrire correctement les personnages avec leurs caractéristiques sans pour autant alourdir le scénario ?

N'oubliez pas qu'après votre scénario, il y aura un film et, entre les deux, un casting. Dans cette optique, dites-vous bien que moins vous serez précis, plus vous serez... juste (dans le sens d'exact). Contentez-vous de préciser homme ou femme, l'âge approximatif et, selon le cas, un trait particulier (gros, petit, une cicatrice, etc.)

95 - Comment doit-on présenter un personnage principal ?

A ce niveau, il n'existe quasiment qu'une règle, fondamentale. Votre personnage principal doit être présenté en fonction de l'intrigue, et non hors contexte. Chaque élément devant servir, peu ou prou, la suite du scénario.

Il existe deux cas de figure :

* Votre héros est "actif" dans sa mise en situation. C'est à dire que dès son entrée dans le film il possède un objectif précis. Vous devrez alors le présenter au spectateur au fur et à mesure de ses actes.

* Votre personnage est "passif" dans sa mise en situation. C'est à dire que lors de son apparition il ne désire rien de particulier. Vous montrez alors son quotidien. Survient un événement qui va bouleverser son rythme de vie et ses habitudes : sa femme a disparu, il en rencontre une autre, sa fille se drogue... Ce sera alors le thème du film.
Cependant, même si vous présentez son quotidien pépère avant le premier drame, il faut que votre présentation initiale du personnage permette immédiatement de comprendre quels seront ses atouts, et surtout ses inconvénients, pour régler ses problèmes.

96 - Mes deux personnages principaux évoluent de façons différentes. Est-ce possible? N'est-ce pas dangereux de se lancer dans ce genre d'initiative ?

Non. Cela ne pose absolument aucun problème. Vous êtes simplement dans ce que l'on appelle une construction alternée. Le spectateur assiste tantôt à la vision et au vécu d'un personnage, tantôt à ceux de l'autre. Le grand piège à éviter dans ce style de procédé est celui de l'inégalité narrative. Veillez bien à accorder autant de temps à chacun des personnages et à agréablement mêler les deux intrigues. Ne racontez pas d'abord l'une puis l'autre. Mais faites souvent la navette de l'une à l'autre.

97 - Mon personnage principal vit plusieurs vies (réincarnation). N'est-ce pas suicidaire pour l'auteur de changer ainsi d'époque et donc de repères à tout bout de champs (7 fois) ?

Sans être suicidaire, la démarche est particulièrement osée. Après, tout dépend de la façon dont vous parvenez à gérer vos personnages sans totalement perdre le spectateur. Mais je pense que c'est faisable. Par contre, lorsque vous me parlez de plusieurs époques, je pense immédiatement au coût de production. Prêtez-y attention car je doute que les investissements pour un premier film puissent être à la hauteur de vos ambitions. Reste la solution, dans votre cas, de vous adresser à un réalisateur renommé après écriture. Si le sujet l'intéresse et qu'il a envie de le réaliser, il saura alors, de par sa notoriété, convaincre les producteurs.

98 - Normalement, le personnage principal doit être sympathique pour permettre l'identification du spectateur. N'est-il pas possible d'avoir un personnage au premier abord froid et plutôt antipathique, s'il évolue progressivement vers une amélioration de sa personnalité au cours du scénario ?

Ceci n'est vrai que dans le cas d'un personnage "linéaire". C'est à dire sans profonde remise en cause. Beaucoup de films fonctionnent sur ce principe. Au départ, le personnage a une motivation profonde et il va se battre jusqu'au bout pour obtenir ce qu'il désire. Mais bien d'autres films, et non des moindres, fonctionnent sur le principe inverse. Vous avez au départ un être négatif, voire antipathique qui, au fil des événements va se transformer pour devenir plus humain. C'est ce que l'on nomme, en dramaturgie, le "parcours initiatique".

99 - Que pensez-vous de cette théorie dramaturgique : le personnage principal est confronté à un faux problème, pendant la tentative de la résolution de son faux problème, il va prendre conscience de son vrai problème et agira en conséquence ?

Pardonnez-moi de paraître présomptueux, mais je constate régulièrement que beaucoup de pseudo théoriciens du scénario s'épanchent depuis quelque temps partout où ils le peuvent, en racontant un peu n'importe quoi.

Pour vous prouver mes dires, faites l'expérience vous-même. Portez simplement votre attention aux prémisses des quatre ou cinq prochains films que vous verrez, et comptabilisez le nombre de fois où le personnage principal est confronté à un faux problème avant de prendre conscience de son soi-disant vrai problème. Ce cas de figure pourrait éventuellement se présenter dans le cadre d'un parcours initiatique, et encore, même là, la donne est différente. Le personnage ne se trompe pas mais évolue. Non, franchement, c'est envisageable, mais cela ne correspond à aucune règle dramatique. Au contraire.

100 - Doit-on toujours se justifier de l'action du personnage? Si oui, quels en sont les moyens ?

Non, jamais ! C'est à l'histoire de justifier l'action du personnage. Si votre personnage fait des choses sans que jamais on ne comprenne pourquoi, c'est simplement que votre structure dramatique n'est pas claire. Mais n'expliquez jamais artificiellement, pourquoi untel fait ceci ou cela. Tout doit couler de source. Soit au moment de l'action, soit plus tard dans le film.

101 - Tous les personnages d'une histoire doivent-ils avoir un but, un objectif ? Ce but doit-il être toujours en rapport avec le personnage principal ?

Oui. Les personnages principaux et secondaires doivent avoir un objectif se rapportant à l'intrigue principale du film.

102 - On conseille souvent de citer un personnage d'une manière unique et définitive. Comment s'y prendre quand on ne découvre l'identité d'un personnage (à fortiori important) qu'au bout d'un certain temps et que l'on veut ménager le suspense, même aux yeux du lecteur ? Peut-on passer de l'indication "l'OMBRE" à l'indication "AGNES PION", sans compliquer outre mesure la vie des costumiers, scripts, etc. ?

Si votre scénario triche, trichez avec lui. Placez le lecteur dans la situation exacte du spectateur. Ainsi, l'Ombre peut tout à fait devenir Agnès Pion. Faites simplement en sorte que le lecteur comprenne immédiatement et sans mal que notre belle Agnès Pion n'est autre que l'Ombre. J'en frémis d'avance.

4. Dialogues

103 - Peut-on être à même d'écrire un scénario sans avoir beaucoup de facilité pour écrire les dialogues ? Si ce n'est pas le cas, quelles peuvent être les solutions ?

Le dialogue est souvent la hantise du scénariste. Pourtant, en vous posant la question, lors de chaque portion de dialogue que vous écrivez, de savoir si elle contient suffisamment d'informations pour être utile, vous éviterez de faire du remplissage. Ce qui est déjà une excellente chose. L'autre problème que vous pourrez rencontrer est celui du phrasé. Faites en sorte que vos personnages ne s'expriment pas tous de la même façon et évitez d'être littéraire. En suivant ces quelques conseils de base, vous réussirez des dialogues tout à fait honorables.

104 - Quelles sont les principales règles d'un bon dialogue ?

Pour qu'un dialogue fonctionne, la première des choses à se demander est "qu'est-ce que doivent dire mes personnages ?". Ensuite, il convient de réfléchir à la façon dont ils vont le dire. En sachant que chaque personnage a sa "fourchette" de langage, en fonction de son éducation, de sa culture, etc. Enfin, n'oubliez pas que le style linguistique employé, c'est à dire le choix des mots dans cette fameuse "fourchette" dépend également de la situation et de l'interlocuteur. Globalement, le principal défaut que je retrouve dans les dialogues qui me sont donnés à lire est un emploi trop littéraire du verbe.

105 - Faut-il écrire les paroles avant ou après l'action du personnage ?

Les dialogues viennent après l'action des personnages. C'est un code universel.

106 - Comment devons-nous traiter les dialogues qui n'ont que peu d'importance (ex : le héros se balade dans un parc où plusieurs groupes discutent) ? Est-il nécessaire d'écrire ce que disent ces gens ou faut-il juste y faire allusion sans le développer ?

Si les dialogues en question font partie du décor, comme cela semble être le cas dans votre question, ne vous y attardez pas. Par exemple, si vous placez vos héros dans un restaurant, les conversations des tables alentours ne devront pas être écrites. Pas plus que celles de votre personnage croisant plusieurs groupes dans un parc. Par contre, si un mot, une phrase, entendu lors de ce périple devait avoir une importance pour lui, il conviendrait de le placer dans le dialogue.

107 - Mon scénario se situe dans le monde de l'industrie nucléaire, du chantier où les individus s'expriment autrement. Pas d'états d'âme, la peur n'est jamais dite. Les dialogues, assez longs, se rapportent aux faits, aux explications, aux événements. Tout cela rend la lecture plus ardue que d'habitude... D'où mes questions : y a-t-il de la place pour autre chose que le " standard d'aujourd'hui " ? Comment retravailler ce texte sans le dénaturer ?

Je comprends parfaitement votre souci mais vous vous méprenez en parlant de "standard d'aujourd'hui". Il fut un temps, certes, où le cinéma fut plus "bavard". Mais cela était uniquement dû au fait que la scission avec le théâtre n'était pas encore tout à fait consommée. Aujourd'hui, d'être moins volubile n'est pas une mode mais une appropriation plus juste et plus justifiée de l'outil cinématographique. Aussi, dans votre cas, la question n'est-elle peut-être pas de savoir comment parler mais où parler ? Avez-vous songé au fait que vous tenez peut-être entre les mains un magnifique roman, une superbe pièce, mais pas forcément un film? Quoi qu'il en soit, si vos dialogues vous semblent tous justes et importants, vous ne pourrez les couper sans vous trahir.

108 - Comment faire parler plusieurs personnages en même temps ?

En règle générale, il faut éviter de faire parler plusieurs personnages en même temps car cela rend le dialogue inaudible.

Sinon, vous n'avez d'autre solution que d'écrire tous les dialogues en précisant qu'ils se superposent.

109 - Quand on adapte un roman en scénario, est-il possible de prendre des dialogues du livre si on juge qu'ils sont très bons ?

Il est toujours possible de reprendre quelques dialogues dans une adaptation, mais n'oubliez pas que, pour un premier scénario, il est préférable de proposer une oeuvre originale.

110 - Dans mon cours d'écriture de scénario, un des exercices porte sur le type de présentation des scènes. Le problème est que normalement on ne doit pas écrire les dialogues à ce stade. Et pourtant, les exemples qu'on nous donne sont répartis ainsi sous chaque bannière titre : Personnages, Dialogue, Directives de mise en scène. Bref, qu'écrit-on vis-à-vis de la rubrique "dialogue" ?

Je crains malheureusement que les fiches d'exercice que vous devez suivre ne correspondent en rien à ce qu'est, concrètement, un scénario. Un de mes anciens stagiaires m'avait déjà montré ce type de fiche. Ce procédé reste ludique mais rien de plus.

5. Divers

111 - Comment concevoir les noeuds dramatiques si les personnages ne savent pas ce qui leur arrive ? Ils n'ont pas le temps, et le spectateur non plus, de réagir à tout cela. La fin n'en dit pas plus. Comment faire ?

Que vos personnages sachent, ou non, ce qui leur arrive, n'empêche aucunement l'existence de Noeuds Dramatiques. Ces noeuds étant simplement des événements d'importance qui bouleversent leur quotidien ou les empêchent d'atteindre leur but. Il est fréquent qu'un personnage ne comprenne pas ce qu'il lui arrive, mais cela n'enlève rien aux noeuds dramatiques qu'il va rencontrer.

112 - Stanley Kubrick, quand il planchait sur un scénario, attendait d'avoir un minimum de six éléments insubmersibles qu'il s'agissait ensuite de relier de quelque manière que ce soit. Seulement, j'ai du mal à comprendre ce qu'il entendait par élément insubmersible.

Il serait bien prétentieux de ma part de vouloir parler à la place de Stanley Kubrick. Même si je ne cours pas le risque qu'il me contredise. A mon sens, ses éléments insubmersibles doivent représenter autant de Noeuds Dramatiques Majeurs, à savoir des événements fondamentaux qui permettent de progresser dans l'intrigue.

113 - J'écris un scénario sur l'histoire d'un homme à la recherche de l'âme soeur. Comment transformer une histoire qui est plus proche d'un docu-drama, en scénario accrocheur plein de suspense, alors qu'il n'y a pas de défi, pas d'antagonistes, pas de division classique du récit ? Il y a une première partie, l'exposition, mais elle pourrait durer tout le film, puisqu'il n'y a pas d'incident déclencheur qui marque le passage à la 2e partie et pas vraiment de climax, même s'il se trouve une femme. Ces règles pourraient-elles être ignorées, et raconter quand même une histoire ?

Les règles que vous énoncez ici n'en sont pas toutes et, surtout, ne sont pas aussi rigides que cela. D'abord, votre personnage peut très bien être son propre antagoniste (suite à son vécu, ses complexes, etc.). Ensuite, s'il est vrai qu'il faut dynamiser votre histoire (pour la faire progresser) par une succession de Noeuds dramatiques majeurs (événements essentiels) rien ne vous oblige à créer des climax qui n'entreraient pas dans le rythme de votre narration.

114 - J'ai écrit un scénario, grande fresque historique, qui se déroule au 18e siècle entre la Pologne et la France. La vie de mon personnage est extrêmement mouvementée. Il me faudrait donc trouver un axe dramatique pertinent, sans trop dénaturer l'approche historique. Auriez-vous une petite idée pour m'aider à le réécrire ?

L'aventure dans laquelle vous vous lancez est parsemée d'embûches. Déjà, le coût d'une telle production est souvent inaccessible à un premier scénario. Cela étant, le cinéma est fait de contre exemples. Heureusement d'ailleurs, car cela procède de sa magie. Maintenant, pour garder les pieds sur terre et ne pas confondre votre scénario avec une grille de loto, je suis convaincu que vous augmenterez réellement vos chances de réussite en trouvant, effectivement, un axe dramatique pertinent. L'une des solutions, selon moi, serait de prendre la trame historique en guise de toile de fond. Si votre personnage est réel et qu'il a eu un destin fondamentalement hors norme, vous pouvez y arriver (Martin Guerre fonctionne sur ce principe). Sinon, attachez-vous à un personnage emblématique (Napoléon, Jules César, Louis XIV, XV, XVI, voire XVIII) et profitez de ce pan d'histoire pour expliquer les interférences de votre héros sur la destinée dudit personnage historique, tout en prenant soin de montrer en quoi son intervention a pu fondamentalement changer la vie de ses contemporains. En un mot comme en cent, soyez "universel".

115 - J'écris un scénario dont l'action se déroule au XVII ème siècle. Il narre les péripéties d'une artiste-peintre ambitieuse. Je ne sais quel ton adopter : chronique, comédie dramatique style "Ridicule".

Comment envisager l'Histoire dans le cadre d'un scénario ?

Le problème que me pose votre question est qu'elle tient uniquement du choix artistique. Au sujet du ton ou du genre à adopter, nul ne peut vous aider. C'est vous, et vous seul, qui devez déterminer le ton du scénario en fonction de votre récit et de vos envies.

116 - Lors d'une course-poursuite ou d'un combat genre karaté ou kung-fu, faut-il décrire exactement chaque détail donc chaque geste et déplacement ?

Surtout pas. Cela appartient au réalisateur. Indiquez les grandes lignes du combat, qui prend le dessus sur qui et comment. Mais surtout, ne vous perdez pas dans des détails.

117 - Je ne parviens pas à écrire les scènes sans dialogues. Que faire ?

Rassurez-vous, je pense que votre problème n'en est pas vraiment un. En vous contentant de décrire, sans détail inutile, le plus naturellement possible, ce qui se passe dans vos scènes non dialoguées, vous serez forcément dans le vrai.

118 - Les différentes parties de mon scénario sont assez équilibrées, autour de 15 pages, exceptées les deux scènes d'action qui font 23 pages. Au moment du tournage, s'agissant d'action avec un minimum de dialogues, tout va beaucoup plus vite et représente le même temps sur la pellicule ou dois-je réduire ces scènes d'action à 15 pages aussi ?

A priori, on ne peut pas parler là de déséquilibre. Tout dépend en fait des informations véhiculées par les scènes d'action. Si elles ne permettent pas à l'intrigue d'avancer réellement, oui, il y a problème. Mais si elles "racontent" quelque chose, si elles servent vos personnages et votre histoire, vous n'avez pas de souci à vous faire.

Le problème récurrent de nombre de scénarios est la gratuité, donc l'inutilité, de certaines séquences, qu'elles soient d'action ou dialoguées. C'est à cela qu'il faut faire attention.

119 - Pouvez-vous me conseiller des ouvrages, français ou anglais, expliquant les recettes du suspense ?

Pour ce qui est des ouvrages traitant des recettes du suspense, je n'en connais qu'un en langue française. Il s'agit des confessions de Hitchcock à Truffaut. Mais encore, le suspense n'y est qu'évoqué et ne fait pas partie de l'intérêt central du livre. Pour ce qui est des parutions en anglais, j'avoue ne pas les connaître, car ne parlant que très mal la langue de Shakespeare.

120 - Comment peut-on maintenir le suspense sans que le spectateur découvre tout ?

Il est très difficile de répondre à cette question hors contexte, sans savoir de quoi parle votre histoire. Je puis toutefois vous donner un conseil : ne cherchez à cacher au spectateur qu'un minimum d'éléments. Plus vous lui en direz sans qu'il parvienne à comprendre avant le dénouement, plus vous aurez été fort. Le défaut que je retrouve dans beaucoup de scénarios à suspense est une trop grande rétention d'informations. Ce procédé rend l'intrigue inintéressante, et parfois à un point tel qu'au moment de la révélation finale, le spectateur se moque complètement de savoir ce qu'il se passe. Le secret du suspense réside dans une distillation savante des informations. Le but est de donner au spectateur le maximum de pièces d'un puzzle sans qu'il parvienne à en définir l'image.

121 - Comment savoir si ce qui nous fait rire dans une scène, va faire rire tout le monde ?

S'il existait un moyen de le savoir, toutes les comédies feraient des tabacs. Il n'y a pas d'outil pour cela.

122 - Je prépare l'écriture d'un long métrage dans lequel je parodie et fais des clins d'oeil à beaucoup de films. A cause des nombreux droits d'auteur et le risque de tomber dans le plagiat, dois je continuer à écrire ce scénario ?

Il m'est très difficile de vous répondre de façon précise. A priori, la parodie (comme dans les films des frères Zucker) ne demande aucun droit et ne permet pas de procès en plagiat. Cela étant, tout dépend à quel point vous vous servez d'une oeuvre pour la parodier.

123 - Quelles sont les démarches à mener pour adapter le roman d'un auteur ?

D'abord en acquérir les droits, à moins que l'oeuvre en question ne soit tombée dans le domaine public. Mais attention ! Les adaptations sont la plupart du temps basées sur des commandes de producteurs. Il est rare qu'un auteur soit directement à l'origine d'une adaptation. Sauf, bien entendu, si l'auteur en question est déjà connu et reconnu par les productions. Et songez au fait que, pour un débutant dans ce domaine, se présenter avec une adaptation est souvent ressenti par les producteurs comme un signe de manque d'imagination. En effet, adapter veut dire ne pas savoir créer soi-même.

124 - J'écris un scénario basé sur les expériences de psychologie sociale.relatées dans un livre de Stanley Milgram. Je n'ai aucunement l'intention de m'inspirer de l'ouvrage, mais juste des espèces de jeux de rôles qu'il a mis en place. Dois-je payer des droits d'adaptation concernant cette expérience ?

A partir du moment où les expériences ont été publiées, il me semble que vous devez demander une autorisation pour les relater. Par contre, j'ignore si cela se monnaie et à quel niveau. Le meilleur des conseils que je puisse vous donner est de consulter un juriste pour être certain de ne pas vous mettre hors la loi.

6. Exemples précis

125 - Comment écrire une scène qui se déroule dans la télévision du personnage ?

Dans votre scénario, inscrivez INSERT TELE puis décrivez de façon naturelle ce qui se passe à l'écran.

126 - Comment faut-il introduire du sous-titrage (pour indiquer un lieu, un moment) ?

Employez le terme "INSERT".

Exemple : INSERT : "Deux jours plus tard".

127 - Dans un souci de lisibilité à la lecture d'un scénario, pouvons-nous éviter de surdécouper une scène quand le protagoniste se remémore une idée ou un flash ?

Exemple 1 :

- x-ext-jour-parc

Henri déambule dans les allées verdoyantes d'un parc. Près d'une fontaine, un garçon de 8 ans s'amuse à éclabousser une fillette. Henri le regarde faire. Ses yeux se perdent dans le vide.

- x2 ext-jour- jardin flash

un jeune garçon en maillot de bain court autour d'un arroseur automatique.

- x ext-jour-parc

Exemple 2 :

Henri déambule dans les allées verdoyantes d'un parc. Près d'une fontaine, un garçon de 8 ans s'amuse à éclabousser une fillette. Henri le regarde faire.

Ses yeux se perdent dans le vide : flash d'un jeune garçon en maillot de bain qui court autour d'un arroseur.

Vous pouvez procéder des deux façons. Soit en observant un découpage strict, soit en vous contentant de la simple compréhension du lecteur. La seule règle est de toujours conserver la même logique de découpage tout au long du scénario.

128 - J'écris un scénario dont l'histoire commence par la fin avec un meurtre, puis flash-back pour ensuite revenir 20 ans en arrière où je donne un petit indice sur le pourquoi du crime de la fin sans plus. Peut-on encore utiliser un autre flash-back ?

Tout est question de traitement. Si votre procédé s'avère habile, vous pouvez bien entendu le conserver. Simplement, n'oubliez pas que l'accumulation de flash-back nuit souvent à la fluidité d'une histoire.

129 - Peut-on utiliser le nom de personnages de dessin animé ou de jeu vidéo ?

Non ! Surtout pas ! Tous les noms sont protégés. Bien entendu, si vous parlez d'un personnage obèse (par exemple) que tout le monde surnomme "Obélix", il y a peu de chance que l'on vous intente un procès. Mais légalement, vous n'en avez pas réellement le droit.

130 - Comment faire la différence entre une scène se passant de nuit dans une pièce éclairée ou bien plongée dans l'obscurité ?

Sur un plan purement académique, une scène se passant dans un lieu éclairé par une autre lumière que celle du jour, vous devez noter INT - SOIR (même si l'action se déroule à 2 h 00 du matin). Cela étant, cette notion se perd de plus en plus.

L'autre solution consiste à préciser dans les didascalies lorsque l'action se déroule toutes lumières éteintes.

131 - Le recours à la voix off n'est-il pas un échec ou le reflet d'une faiblesse narrative ?

Tout dépend. Si elle est à vocation esthétique et poétique, comme dans Amélie Poulain, elle reste un choix d'auteur. Par contre, si elle devient réellement informative, elle sera faiblesse.

132 - Vous dites qu'il ne faut pas s'occuper de la mise en scène dans l'écriture d'un scénario. Donc, on n'écrit pas dans la description de la scène "Julie aime Jean", il faut le suggérer à l'écran, ainsi "Julie aime Jean" devient "Julie sourit tendrement à Jean". N'est-ce pas au réalisateur de faire comprendre que "Julie aime Jean" ?

Le fait que Julie sourie à Jean ou que Roger déchire sa cravate de colère, appartient complètement au scénariste.

Après, sur le tournage, certaines indications peuvent ne pas être respectées, mais il vous appartient au départ de les fournir.

133 - Peut-on, sans empiéter sur le travail du réalisateur, imaginer qu'une séquence pour laquelle les dialogues sont inutiles, préciser qu'une chanson ou une musique rythme celle-ci ?

A priori non. La musique appartient au compositeur du film. Cependant, si l'un de vos personnages précise qu'il met un CD précis, pour des raisons bien précises et scénaristiquement évidentes, vous pouvez alors indiquer de quel morceau il s'agit.

134 - J'écris un scénario ayant pour thème l'histoire d'une chanteuse. Sachant que ce travail se fait en collaboration avec la dite chanteuse, dois-je intégrer les textes des chansons dans le scénario ?

Tout dépend de l'importance des chansons. A partir du moment où elles participent à la narration, c'est à dire qu'elles ont des conséquences sur le déroulement de l'histoire, il m'apparaît juste d'en écrire les paroles.

135 - Certains scénaristes disent avoir écrit leur scénario en pensant à un acteur en particulier. L'auteur a-t-il son mot à dire dans le choix du casting ?

Normalement non. Il n'y a pas de règle absolue mais pour un auteur, de préciser son choix de casting revient à dire qu'il a davantage songé à une actrice ou un acteur qu'à son personnage. L'idéal est d'écrire votre histoire en ne pensant qu'à elle et au public. De bout en bout.

136 - Je suis en train d'écrire une scène de sexe dans mon scénario. Elle représente un moment important de l'histoire puisqu'elle symbolise la réconciliation des deux époux. Mon problème, c'est que je ne sais pas combien de temps je dois la faire durer. Dois-je vraiment donner tous les détails, y compris au niveau des dialogues ?

Il ne faut pas réserver un traitement particulier aux scènes de sexe. Elles font parties intégrantes de votre narration et, si elles existent, c'est qu'elles ont leur raison d'être. Aussi, écrivez-les comme les autres scènes, en indiquant ce qui est important. Pour les dialogues, évidemment, écrivez-les en entier.

137 - La didascalie est-elle plus que de l'information "situationnelle" ?

Exemple 1 : il court pour lui échapper.

Exemple 2 : hors d'haleine, il court, c'est avec rage qu'il veut lui échapper.

Les didascalies doivent être simples, précises et efficaces. En ce sens, votre première proposition est plus proche du vrai que la seconde.